Notre vision contemporaine de la nudité, de la pudeur ou de l'impudicité m'a toujours intrigué.
Elle est étrangement liée à ce qui concerne la naissance, la reproduction nécessaire et vitale à toute espèce. Ainsi, on cache le sexe, qui sert à concevoir, et les tétons féminins dont le rôle est de nourrir les bébés. Curieusement, le téton masculin n'est pas concerné, et pourtant d'aspect assez similaire.
J'entends bien qu'il y a une différence entre le plaisir naturiste d'être à l'aise avec son corps, quel que soit son état, et l’exhibitionnisme qui consisterait à se montrer de manière ostensible à une personne que cela pourrait choquer.
La pudeur a évolué dans l'Histoire. Ainsi, dans l'antiquité, les grecs et les celtes se battaient nus, souvent pour des raisons pratiques. Le Dagda, dieu suprême dans la mythologie celte irlandaise, était représenté avec des attributs sexuels dépassant de sa tunique. Et je ne vous parle pas du statuaire grec et romain.
Jusqu'au 13° siècle, on se baignait nus, hommes et femmes ensemble, dans les nombreuses étuves, dans les fleuves et les rivières. Tous dormaient lus dans le même lit où on invitait d'éventuels visiteurs et les hommes comme les femmes n'avaient pas de honte à présenter leur intimité pour satisfaire un besoin naturel et les femmes avaient coutume de « fèr petit Sapèl », faire petite chapelle, c'est-à-dire de relever largement leurs jupes devant la cheminée pour se réchauffer.
C'est à la fin de la croisade des albigeois, en 1229, que l’Église reprend alors la main sur la vie quotidienne et introduit la morale chrétienne, promouvant la pudeur jusque sur les tableaux et fresques, où des voiles pudiques sont ajoutés pour cacher les sexes. C'est d'ailleurs, curieusement à cette époque, que les gens ont cessé de se laver, préférant se parfumer.
Cela donnait lieu à de curieux paradoxes. Par exemple, la morale voulait que seule une personne d'un rang supérieur puisse se montrer nue sans complexe. Ainsi, le roi se montrait nu aux nobles, qui se montraient nus aux bourgeois, qui se montraient nus à leurs domestiques. Mais l'inverse ne se faisait pas.
La pudeur évolue selon les époques, les zones géographiques et les religions mais le fait de ne pas pouvoir montrer une partie de son corps jugée honteuse entraîne toujours des fantasmes. Ainsi en était-il du 18° au début du 20° siècle où l'image d'une femme exhibant son mollet était hautement érotique. Le cadre aussi, modifie aussi notre vision des choses. Ainsi, un homme tentera de regarder leur culotte sous les jupes d'une femme et ne lui prêtera pas la moindre attention si elle est en maillot de bain sur une plage ou dans une piscine. Et si on décidait un jour que tout le monde devait se promener nu, cela créerait une gêne et des regards intrusifs les premiers temps, puis tout rentrera dans l'ordre.
Ce n'est donc pas le corps qui est impudique, mais l'interdit moral qui crée des fantasmes.
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