Le moment le plus terrifiant de la vie d'un homme est quand il prend conscience de sa propre médiocrité. C'est quand il comprend que tout ce qu'il a fait et à quoi il a consacré sa vie et toute son énergie n'est rien, ne vaut rien.
Alors, il s'accroche pour survivre, pour continuer à être, pour ne pas passer de l'autre côté du mur, basculer dans le néant. Il continue sur sa lancée comme un sanglier, chargeant droit devant, sans penser à rien, essayant d'oublier que son existence n'a plus de sens, qu'elle n'en a jamais eu et que tout n'était qu'illusion.
Il aimerait se sentir encore dans sa pleine force créatrice mais il n'est plus qu'un être décrépit, un monument lézardé à une gloire qui n'a jamais été, un vieillard qui pourrit lentement et que les jeunes regardent avec horreur comme le reflet de leur propre avenir.
Il croyait faire quelque chose de grand, il n'a fait que remuer du vent et continue comme ces vieux moulins en ruines et aux bras déchiquetés devant qui, même Don Quichotte, passerait sans un regard. Il a consacré toutes ses forces, toute son énergie, à un œuvre qu'il voulait offrir à l'humanité mais dont l'homme se moque. Même ses proches, de sa propre famille, ne regardent que d'un air compatissant, ce patriarche de papier qui se prend pour un aigle.
Il n'est rien, ne l'a jamais été, et lorsqu'il s'écroulera, il sera définitivement oublié. Lui qui rêvait de postérité, de vivre dans la mémoire des hommes, sombrera à jamais dans l'oubli au lendemain de sa mort quand son œuvre disparaîtra dans les poubelles où elles seront négligemment jetées.
J'ai créé parce que ça me donnait l'illusion d'exister et d'une certaine éternité. Mais tout ça n'était que vanité :
Vanité des vanités, a dit l'Ecclésiaste, vanité des vanités, tout n'est que vanité.
Ecrire un commentaire :
Aucun commentaire